SUPPRESSION DES SUBVENTIONS DE L’ENERGIE: Les risques d’un Sevrage brutal et menaces du pays

SUPPRESSION DES SUBVENTIONS DE L’ENERGIE
Les risques d’un sevrage brutal et menaces sur la stabilité du pays
Face à une situation tendue des finances publiques, les nouvelles autorités envisagent d’aller vers une suppression des subventions énergétiques pour soulager le Trésor public. Une volonté certes compréhensible, mais qui n’est pas sans conséquences et qui risque de conduire le pays vers des lendemains incertains. Seulement, pour limiter les subventions, l’enseignant-chercheur en énergie photovoltaïque à l’Université Alioune Diop de Bambey, Abdou Rahmane Lèye conseille aux nouvelles autorités d’aller vers les énergies renouvelables.
La charge est très lourde pour le Trésor public. Elle est devenue presque insupportable. Depuis quelques années, le Sénégal dépense l’équivalent de près de 4% de son Produit intérieur brut (Pib) en subventionnant l’électricité, certains produits pétroliers (supercarburant et gasoil) ainsi que le gaz butane. La subvention de l’électricité prend la forme d’une compensation tarifaire à verser à la Société nationale d’électricité (Senelec). En 2023, elle a coûté 279,8 milliards FCFA au budget de l’État. Au même moment, la subvention des produits pétroliers et du gaz qui prend la forme d’un remboursement des pertes commerciales supportées par les compagnies, obligées de vendre à des prix inférieurs à la vérité du marché, a atteint 524,7 milliards FCFA. Au total donc, les subventions énergétiques ont franchi la barre des 800 milliards FCFA en 2023 (804,5 très exactement), après avoir coûté 750 milliards FCFA en 2022. Ces efforts budgétaires se justifiaient par la volonté de l’État de soutenir le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables, de même que la compétitivité des entreprises, dans un contexte où la population sortait éprouvée par la crise sanitaire de la pandémie de Covid-19 et la guerre russo-ukrainienne. Dans les conditions économiques actuelles marquées par une situation «catastrophique» des finances publiques, la suppression des subventions énergétiques est agitée par les nouvelles autorités. Invité de l’émission «Point de vue» de la Rts du 16 février dernier, le ministre secrétaire général du gouvernement, Ahmadou Al Aminou Lo a annoncé que l’Etat prendra un certain nombre de mesures dont la suppression des subventions de l’énergie pour assainir les finances publiques. Aujourd’hui, avec un pouvoir d’achat de plus en plus faible des ménages et un Etat sans aucune marge de manœuvre, quelles peuvent être les conséquences d’un sevrage brutal des subventions énergétiques ?
Alors que le commun des Sénégalais attend des nouvelles autorités une satisfaction de ses besoins en électricité avec un coût le plus faible possible à travers une revue à la baisse des tarifs actuels, la suppression des subventions énergétiques (particulièrement sur l’électricité) constituerait à coup sûr un goulot pour les ménages et les entreprises. Dans un contexte où les tarifs de l’électricité sont jugés très onéreux comparativement à d’autres pays de la sous-région du fait que le coût de production du kilowatt/heure est assujetti en grande partie à l’importation du fioul lourd, la suppression de la subvention risque d’augmenter les tarifs. Parce que même si le Sénégal commence à raffiner son pétrole, ledit combustible est importé et reste fortement lié aux fluctuations du marché international.
«Le soleil et l’éolienne comme alternative aux énergies fossiles»
L’impact de cette fluctuation adossée à une suppression des subventions constitue un cocktail explosif et poserait un problème majeur pour les consommateurs sénégalais qui devraient, alors, acheter le kilowattheure à un tarif un peu plus cher. Il sera alors plus que nécessaire pour le gouvernement de réviser la formule de détermination de la structure des tarifs de l’électricité pour ne pas dire une augmentation pure et simple du prix du Kilowatt/heure qui sera imposée aux clients, et aux entreprises qui auront du mal à faire face à ces coûts. Donc, à défaut de la satisfaction de cette forte demande sociale, une hausse des prix de l’énergie risque de provoquer une grosse colère dans un climat déjà tendu. Entre le marteau des subventions et l’enclume d’un risque de hausse des prix, y’a-t-il une alternative pour les nouvelles autorités ?
Pour l’enseignant-chercheur en énergie photovoltaïque à l’Université Alioune Diop de Bambey, Abdou Rahmane Lèye, au-delà d’une ouverture de discussions autour de mesures d’accompagnement visant à atténuer les effets d’une hausse sur les tarifs de l’électricité, la compétitivité des entreprises, le pouvoir d’achat des ménages, des solutions exogènes et endogènes existent et sont prêtes à l’emploi. Pour le spécialiste en éclairage solaire, des opportunités se présentent et ne manquent pas, mais résident essentiellement sur la volonté du gouvernement de se décider à accompagner les investisseurs nationaux vers l’énergie verte. L’objectif étant naturellement d’exploiter le vaste potentiel d’énergies renouvelables que possède le Sénégal et d’utiliser les ressources énergétiques actuelles dont le pays dispose de manière efficace et de garantir le vœu d’un accès universel à l’énergie réaliste et réalisable. «Le Gouvernement peut miser sur les centrales solaires et injecter leur capacité de production directement sur le réseau de la Senelec. Avec cette énergie, l’Etat n’a plus besoin de subventionner les coûts de production», explique Abdou Rahmane Lèye. Non sans rappeler qu’au Sénégal, nous avons cinq types (solaire, éolienne, hydroélectrique, la biomasse et marémotrice) d’énergies renouvelables et qui sont toutes une alternative crédible aux énergies fossiles pour le Sénégal. «Contrairement aux énergies fossiles coûteuses et destructrices de la couche d’ozone, le Sénégal peut utiliser les énergies vertes avec zéro pollution pour son accès universel à l’électricité, à moindre coût», fait-il savoir.
FALLOU FAYE